Sur les chemins de la médiation :
la dernière heure d’une formation de base à l’ifomene…
Le 20 mars, après quatre week-ends de débats, d’étude et de cas pratiques, participant/es et formateurs se réunissent pour partager leurs impressions de la dernière journée de travail :
Quelques phrases des médiateurs formateurs :
…la délicate posture du médiateur : quitter sa casquette professionnelle de magistrat, avocat, chef d’entreprise, médecin, syndicaliste, chef d’entreprise etc. et devenir moins directif en allant vers les autres ; ce qui est dur, c’est le moment, l’instant, ce qu’il faut faire à chaque moment précis : le silence, l’énergie, le mouvement…
…comme formateur, j’ai re-situé la médiation dans la problématique de la communication interpersonnelle : un cadre à peu près clair pour être un peu moins perdu, même si demeurent la tension et l’angoisse au moment où choisir comment intervenir ! la technique, elle est faite pour qu’on l’oublie…
…comme psychiatre invitée en observateur, mon intérêt: qu’est-ce que ça fait au médiateur d’être médiateur ?
…la médiation, c’est un cadre, une logique et en même temps on est plus près de la musique que de la logique, sensible au tempo, aux silences, aux allures parfois presque imperceptibles ; une harmonie que l’on construit et qui nous construit ; être un paradoxal chef d’orchestre sans partition ni baguette…Plus important que le solfège, si utile soit-il, il y a la musique elle-même…
Quelques phrases des médiateurs en formation …et en situation de médiateurs dans les jeux de rôle de la journée :
…vu de l’intérieur, ça ne ressemble à rien de ce qu’on connaît : on n’a plus de repères, c’est subtil , on doit apprendre à se décentrer de soi même vers les autres sans stratégie ni démagogie, sans perdre la main et sans prendre la main… avec des coups de fatigue, des passages à vide. Des interrogations qui s’allègent peu à peu. Désapprendre à être inquisitorial, trop soucieux d’aboutir.
… J’ai tout de suite essayé de capter une technique et des gestes. Or, on ne peut rien capter, du moins avant d’avoir travaillé sur soi-même. D’où un sentiment d’échec… enrichissant. Puis, bien accompagné par Abraham, sentir en moi le recul de moi-même ; une expérience de moi, en moi, sur moi. Devenir plus discret, susciter et guider une harmonie sans la déranger.
… faire abstraction du cérébral, de la bonne écolière un peu froide et qui reste en dehors de la médiation elle-même. Comprendre qu’il vaut mieux être moins précautionneux et plus ouvert à l’essentiel, à l’autre, à l’émergence de ce qui est vraiment en jeu, en particulier le besoin fondamental de reconnaissance : se faire un peu confiance. Souci quand on pense :« il dit quelque chose d’important mais comment intervenir sans être intrusive ? »… Quant aux attentes et aux besoins, même si les échanges étaient un peu chaotiques entre elles, j’ai aimé laisser les parties se parler et même s’étriper ; non plus seulement se faire confiance, mais leur faire confiance.
… la co médiation c’est un duo qui doit être bien accordé. … j’ai éprouvé quelques difficultés, peut-être parce que, expert, j’ai l’habitude de privilégier le but et de tracer le chemin pour y aboutir. Difficile de ne pas être directif…changer de peau, s’abandonner.
… j’ai trouvé dur cet abandon. Quand on observe un jeu de rôle, on croit tout bien entendre, tout bien comprendre… alors qu’en situation j’ai l’impression de ne pas entendre, de ne pas savoir quoi faire quand « ça patauge » : ce qu’on a fait a été très constructif et pédagogique.
… Un chef d’orchestre a dit Alain : oui mais sans partition et avec des instrumentistes en discordance… et dans cette cacophonie du conflit, apporter un peu d’harmonie. Se mettre en filigrane, en retrait.
… Le fait d’être en retrait, s’oublier pour se mettre à l’écoute et être archi concentrée avec le sentiment de ne plus être soi-même, ne plus exister. J’ai trouvé cela très fatiguant ! Le sentiment parfois d’être coincée, impuissante, d’être dépossédée (en particulier lors de l’intervention des conseil : j’ai alors eu du mal à me situer et le sentiment d’être comme exclue de ce que je croyais être mon rôle). Et après tout cela, l’impression d’avoir un très très très long chemin devant moi et en moi.
…Ce n’est pas la volubilité qui fatigue, c’est le retrait…Dans la reformulation, trouver les mots qui ne traduisent pas un parti pris m’a paru difficile… comme si nos mots étaient tous des jugements de valeur !